Certains chanteurs d'opéra marquent par leur précision technique, d'autres par leur émotion. Et puis il y a ceux qui réussissent ce pari plus rare : faire le pont entre deux univers. La soprano coréenne Hyejin Han fait clairement partie de cette catégorie. Après avoir fait ses premiers pas en Corée, elle a poursuivi son chemin en Allemagne puis en Autriche, façonnant ainsi une identité artistique à la croisée des chemins — un savant mélange entre la rigueur des grandes scènes européennes et la sensibilité propre à la tradition vocale coréenne.
Hyejin Han / © Hyejin Han
1. Tout d’abord, félicitations pour votre prix “Mozart Interpretation Award”. Que représente cette distinction pour vous ?
Hyejin Han :
« Recevoir ce prix en Autriche, le berceau de Mozart, est extrêmement significatif et joyeux pour moi. Ayant étudié en Allemagne et en Autriche, j’ai travaillé sur de nombreux rôles mozartiens — la Reine de la Nuit, Papagena, Susanna, Barbarina, Despina, Servilia… Cette récompense me touche profondément car elle reconnaît les années d’efforts et de recherches consacrées à ces personnages. »
2. Quels sont les éléments les plus importants pour vous dans l’interprétation d’une œuvre de Mozart ?
Hyejin Han :
« Le premier élément essentiel est l’analyse précise de la partition. Je m’efforce de ne négliger aucun détail et de respecter fidèlement ce qui est écrit. Ensuite, je me pose toujours la question : „Pourquoi est‑ce que je chante cette œuvre ?“ Comprendre le contexte du personnage et de l’œuvre me permet de ressentir naturellement ses émotions et de construire une interprétation authentique. »
3. Pourquoi avoir choisi l’œuvre que vous avez interprétée pour le concours, et qu’est‑ce qui fait son charme selon vous ?
Hyejin Han :
« Pour ce concours, j’ai interprété le second air de la Reine de la Nuit. C’est un morceau dans lequel je me sens particulièrement à l’aise, et il exprime parfaitement la colère extrême d’une mère dont la patience a atteint ses limites. Techniquement, c’est une pièce très difficile, mais plus l’interprète parvient à la chanter avec aisance, plus son charme naturel se révèle. »
4. Mozart semble simple mais comporte une grande finesse. Quel a été le plus grand défi dans votre préparation ?
Hyejin Han :
« Mozart répète souvent les mêmes phrases dans ses œuvres. Le défi était donc de trouver une nouvelle manière de les exprimer à chaque fois. J’ai travaillé pour varier les nuances — parfois plus intenses, parfois plus douces — afin de créer une palette émotionnelle riche malgré la répétition du texte. »
5. Pourquoi pensez‑vous que les jurés ont apprécié votre interprétation ?
Hyejin Han :
« Je ne connais pas la raison exacte, mais je pense qu’ils ont apprécié ma capacité à incarner le personnage, indépendamment de mes caractéristiques physiques. Même si je suis petite et que je peux paraître plus jeune que la fille du personnage, j’ai réussi à transmettre la majesté et la profondeur de la Reine de la Nuit. Je suis très reconnaissante que cet aspect ait été reconnu. »
6. En quoi votre formation en Corée et votre expérience en Europe ont‑elles influencé votre interprétation de Mozart ?
Hyejin Han :
« En Corée, j’ai acquis les bases solides de la technique vocale, avec un travail structuré sur la projection et la puissance. En Europe, j’ai appris à rendre cette base plus flexible, à moduler la couleur du son et à exprimer davantage d’émotions. La combinaison de ces deux approches me permet aujourd’hui d’avoir une interprétation plus riche, que ce soit pour Mozart ou pour d’autres répertoires. »
7. Après ce prix, quels nouveaux rôles ou œuvres aimeriez‑vous explorer ?
Hyejin Han :
« J’aimerais interpréter davantage de rôles mozartiens. Par exemple, Susanna, qui comporte beaucoup de récitatifs, m’attire particulièrement. J’adore analyser les dialogues, les relations entre les personnages et les nuances émotionnelles. Même si le bel canto est magnifique, je souhaite approfondir les œuvres de Mozart où les échanges et la respiration entre les personnages sont très vivants. »
8. Ayant travaillé en Corée et en Europe, percevez‑vous des différences dans l’environnement artistique ou dans les réactions du public ?
Hyejin Han :
« Dans la production, oui, il y a une différence notable. En Corée, on répète intensivement pendant un ou deux mois, puis on joue l’opéra seulement quatre jours, avec deux distributions. En Europe, on répète trois à quatre semaines, puis on joue cinq à dix représentations. Cela permet de rencontrer davantage de spectateurs et de vivre l’œuvre plus profondément. En revanche, du côté du public, je ne ressens pas de grande différence : partout, les spectateurs sont passionnés et sincèrement engagés. La musique est vraiment un langage universel. »
9. Quel est le plus grand défi pour une jeune chanteuse lyrique sur la scène internationale ?
Hyejin Han :
« Le plus grand défi est de continuer à monter sur scène, encore et encore. Ce n’est jamais une évidence. Dans un pays étranger, avec une langue différente, chaque scène — grande ou petite — demande un effort constant. Je veux rester reconnaissante pour chaque opportunité, garder mon humilité et chanter avec sincérité, quelles que soient les circonstances. »
10. Un message pour les lecteurs de Korea.net ?
Hyejin Han :
« Je suis encore en apprentissage. Plutôt que de rêver à des scènes prestigieuses, je réfléchis davantage à comment préparer chaque scène et quelle émotion transmettre. Je veux rendre, par la musique, toute la chaleur et les opportunités que j’ai reçues. À ceux qui marchent sur le chemin de la musique, et aux lecteurs de Korea.net qui aiment la musique : avancez à votre rythme, sans précipitation. N’oubliez jamais ce petit frisson du premier moment où vous avez chanté. Je souhaite devenir une chanteuse qui, avec humilité et gratitude, continue longtemps à chanter avec sincérité. »
Une voix entre deux mondes
Hyejin Han incarne à merveille le pont entre la rigueur des grandes scènes européennes et la sensibilité vocale coréenne, traçant son sillon avec talent, simplicité et passion.